La légende de la ville d'Is

Publié le par Jean l'escargot

 

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La fuite du roi Gradlon




"Tri zra dic'hallus da Zoue :
Kompezan Brasparzh,
Diveinan Berrien,
Diradennan Plouye."

" Trois choses sont impossibles à Dieu :
Aplanir Brasparts,
Ôter les Pierres de Berrien,
Arracher les fougères de Plouyé."

(Triade populaire)




Comment faut-il présenter ce récit majeur dont nous avons du mal à mesurer la richesse, l'ampleur et la portée ? Il emporte tous les titres, celui de saga, de mythe, de légende historique, dorée, toponymique, véritable épopée du point de vue du roi Gradlon, sans compter les contes merveilleux qui s'y enchâssent.
   Les lieux sont connus et heureusement, car c'est grâce à eux et au foisonnement des traditions populaires qui y sont attachées que nous pouvons saisir l'essence du récit. Le chemin de l'anguille que nous avons pris jusqu'ici nous a montré qu'une respiration sensible des lieux conduit au trésor merveilleux. Celui de la ville d'Is baigne dans la lumière originelle de la tradition primordiale.
   La légende de la ville d'Is n'est pas classable dans un tiroir. Le conte de la jeune fille au serpent, celui des ruines du château de Kastel-ar-Gibel, nous dit qu'il y a là toute la Bretagne. Mais le récit porte aussi l'héritage de la civilisation celtique, deux mille ans d'histoire de l'Europe, l'histoire de la femme... Il est une clef pour notre liberté d'aujourd'hui.
   La version que je propose ici est une réécriture certes, mais qui se veut fidèle et dans la continuité de la tradition. Elle se place dans le cadre historique du Ve siècle où elle est habituellement située, période charnière de l'histoire. Elle prend appui sur l'histoire des religions, une lecture sensible des paysages, une étude toponymique et, bien sûr, sur les traditions populaires,  les proverbes, coutumes, chansons, contes, mythes et poèmes que j'ai rassemblés comme les pièces d'un puzzle à reconstituer.
   Le grand nombre de variantes, parfois parfois contadictoires les unes avec les autres, témoigne de l'extraordinaire vitalité de la légende. Cambry avait bien perçu en 1972 que tout n'était pas dit dans cette légende, car cela ne le pouvait sans doute pas :
   "Si le prince obéit, et s'il noya sa fille, si la princesse en se précipitant, se sacrifia pour son père, si Lucifer saisit Dahud pour épargner au prince le désagrément de la noyer; je n'en sais rien. Les historiens du temps n'ont pas bien raconté le fait, et les commentateurs ont oublié de l'éclaircir.
   Aujourd'hui, l'évolution des moeurs de notre société nous permet de conter la ville d'Is comme jamais les conteurs n'ont pu le faire auparavant.
   Nous arrivons au bout du chemin de ces pages, au terme de notre itinéraire légendaire en Finistère. Saurez-vous apprécier le trésor que je vous ait promis ? Il est là sous vos doigts : la sirène est assise sur son rocher, au bord de la fontaine, au pied du chêne millénaire. Elle lisse sa chevelure. Chaque mouvement de ses cheveux déroule une vague sur le rivage. Ecoutez..."

sirene5.jpg Sirène de la ville d'Is


L'Armorique dans les boulversements de l'histoire

   L'an 451 de notre ère.
   De grandes plaines verdoyantes et fleuries s'allongent sur un horizon dégagé. Un petit ruisseau s'écoule calmement, presque sans bruit, bercé par le doux chant bucolique des petits oiseaux qui s'affairent, insouciants, à la construction de leur nid.
   Dans son campement, le vieux Gradlon Meur (grand en breton), l'armure encore immaculée de sang, se concerte avec ses lieutenants en attendant le retour de son jeune messager. Son armée a déjà essuyé de nombreuses pertes, mais d'autres sont plus à plaindre que lui. La ville d'Orléans, encore fumante de cadavres et de poussières, a miraculeusement échappé à la destruction. Les Huns d'Attila se sont repliés mais leur armée reste immense.

"Vous devriez prendre du repos Gradlon. La bataille sera rude et longue.

- Quand nous ne serons plus de ce monde, nous aurons bien le temps de prendre du repos. Mais si ce satané Romain a bien négocié les alliances, nous pourrons peut-être le prendre chez nous.

- Il a promis à Théodoric de nouvelles terres, qu'il convoite depuis longtemps en Aquitaine du Sud. Les marchés sont ouverts. Le nombre de guerriers sur le champ de bataille sera à la mesure des offres romaines.

- Pourquoi n'allez-vous pas participer aux négociations ?

- Je n'ai rien à vendre et je ne veux rien acheter ! répond Gradlon, soudain rouge d'une colère qu'il avait du mal à maîtriser. Je suis là pour la paix de mon peuple!

- Le roi Childéric, votre fidèle allié, y est pourtant. Cela ne vous effraie pas ?

- Il a peur de moi, je suis roi de dix de ses villes.

- Les Huns attendent des renforts. Il ne faut pas tarder, il faut lancer l'attaque !

- Seuls, nous ne pouvont rien, dit le roi. Il faut attendre les instructions. Les deux adversaires se connaissent parfaitement. Ils combattaient ensemble il n'y a pas si longtemps. J'ai demandé à ce que l'on combatte auprès des Francs et des Bretons. Ils sont encore vaillants, nombreux et bien dirigés. Ainsi, nous éviterons à nos hommes une trop grande boucherie.

- Ne craignez-vous pas qu'Aetius profite de l'occasion pour régler de vieilles histoires ? Votre souveraineté lui reste en travers de la gorge. Il a un mauvais souvenir de votre alliance avec les Francs et les Bagaudes de l'Armorique. Il sait que vous avez donné refuge dans vos forêts à ces hommes.

- Il sait qu'il n'a plus rien à craindre des Bagaudes. Ce ne sont que quelques poignées d'hommes inoffensifs. La forêt le dégoûte trop pour qu'il s'y aventure. A présent, Rome a davantage besoin de guerriers que d'esclaves insurgés ! Ce sont de vieilles histoires.

- Il a cependant missionné les cavaliers iraniens basés sur la Loire pour aller les écraser et vous les avez repoussés à plusieurs reprises.

- J'autorise seulement les Romains à faire commerce sur mes terres et dans mes villes. D'ailleurs ils sont loin de dédaigner ma capitale. Ils n'avaient pas à pénétrer sur mon royaume, encore moins par le biais de ce traître de Sangiban. Tous sont pervertis et corrompus. Quand un souverain répugne à faire le travail lui-même, sa fin est proche et c'est bien ce qui me fait peur.

- Il est clair que si nous n'arrêtons pas la marche d'Attila, tout est fini; pour Rome, mais pour nous aussi !

- Mais que fait-il ? Les tractations ont l'air rudes, nous n'avons toujours aucune nouvelle !

- Vous entendez ? Les tambours et les trompes ! Les Huns battent le rappel !"

   Tou essouflé, le messager de Gradlon, arrive au même instant. Il annonce que le général Aetius lui commande d'amorcer le combat par l'ouest, aux côtés de la cavalerie du roi Sagiban. Tous les lieutenants, stupéfaits, se retournent vers Gradlon. Celui-ci pâlit un instant. Il se racle la gorge, dépêche un crachat infâme à terre et laisse jaillir de ses entrailles comme un grondement de tonnerre :

   " Le salaud ! Montrons-lui qui nous sommes ! "

  Sur le champ de bataille, les deux armées se tenaient face à face. Comble de l'horreur, dans cet affrontement entre Huns et Romains, chaque peuple avait ses propres frères à combattre. Des Francs, des Goths, des Alains et des Burgondes se trouvaient de chaque côté, divisés par l'avidité de pouvoir et de richesses de leurs rois. Seuls les Armoricains et les Bretons n'auraient pas à porter le glaive sur leurs frères. Aetius étaient à la tête de cette armée de plusieurs centaines de milliers d'homme, à peine gonflée de quelques Romains. Il a salué l'arrivée de Gradlon, qui a étoffé les rangs des fabuleux cavaliers iraniens. Le chant des oiseaux a laissé la place aux cris de guerre. Le combat a commencé.
   Les deux océans d'hommes ont chargé et le fracas des lames et des hurlemnts s'est élevé. Les belles prairies n'étaient plus qu'un immense tourbillons de chevaux et de guerriers acharnés à transpercer, éventrer, égorger, décapiter, anéantir.
   Bientôt la nuit s'est abattue sur les champs catalauniques. Dans l'ombre, l'horrible massacre s'est accru. Les hommes erraient entre ennemis et amis, sans savoir s'ils étaient vaiqueurs ou vaincus, poursuivant aveuglément leur mission, comme des machines à tuer.
  Les premiers rayons du jour ont éclairé un gigantesque charnier où, isolément, des groupes d'hommes, à bout de forces, continuaient à se battre. Le petit ruisseau était devenu un fleuve de sang où flottaient les cadavres de milliers d'hommes broyés et de chevaux laminés. Tous les survivants ont baissé leurs armes et sont restés consternés devant le monstrueux spectacle. Gradlon aussi a levé la tête. Il a sifflé son cheval qui aussitôt reparu. Il a chevauché le champ de bataille pour examiner la situation. Son regard a croisé celui que l'on appelait " le dernier des Romains ". Aetius, entouré d'une faible escorte, était encore debout. Attila s'était replié. La Gaule étaient sauvée. De loin, Gradlon a salué gravement le général. Après un long regard, sans un mot, le roi a rejoint ses hommes.

   "Rassemblez nos troupes, crie Gradlon, nous levons le camp !

- Je viens d'apprende que le roi Théodoric est mort. Il aurait apparemment était piétiné par ses propres cavaliers, qui ne s'en sont même pas rendu compte.

- Partons, a dit Gradlon, c'en est assez ! Demain reviendront les troupeaux de sénateurs obèses qui s'en mettront à nouveau plein la panse et qui pourront à loisir peloter leurs matrones , abuser et fouetter leurs esclaves et détrousser les paysans pour remplir les coffres de l'empereur. Regagnons la ville d'Is, nous avons sauvés l'Armorique. C'est fini pour nous.

- Mais le combat n'est pas terminé, lui dit un de ses lieutenants. Attila s'est retranché dans son camp. La plupart de ses cavaliers ont pris la fuite vers le nord. Il est isolé et incapable de faire front à un nouvel assaut. Nous n'en ferons qu'une bouchée.

- Le dernier des Romains ne veut pas sa mort. Il est mis hors d'état de nuire, cela lui suffit. Attila en vie est pour ce salaud une manière de cantonner ses alliés du jour dans les terres qu'il leur a déjà données. "



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Attila, roi des Huns de 434 à 453

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le 20 juin 451 : la défaite des Huns d'Attila à la bataille des champs Catalauniques


   Une fois encore et malgré son grand âge, le roi Gradlon sortit vainqueur du combat. Sur le chemin du retour, les bardes ont commencé à chanter à la harpe, la lyre et la rote, ses nouveaux exploits qui lui vaudraient un nouvel accueil éclatant par son peuple. Gradlon était plus puissant que personne. Il était adoré de son peuple, respecté par ses alliés et craint de ses ennemis. Maître incontesté de son royaume de Cornouaille, sa suprématie était de plus reconnue par tous les grands chefs de l'Armorique. Ils avait brillé et triomphé dans plus de cent combats contre les Barbares et les pirates, qui menaçaient son royaume du pillage et du saccage. Ce jour-là, sur les champs Catalauniques, il avait tranché la tête à cinq de leurs chefs. Quand l'empire romain commençait à s'étioler, il avait réussi, grâca à des alliances solides et réfléchies, à se dégager de la tutelle romaine et à jouir d'une certaine souveraineté. Pour ménager les susceptibilités, il acceptait néanmoins le passage et la protection des navires romains et le négoce dans ses villes portuaires. Rome, qui n'était pas en mesure de faire autrement; acceptait cette situation. Tous craignaient la force du grand roi de Cornouaille.
   D' où lui venait cette force ? D'une plante. Sa mère, quand elle était enceinte de lui, s'était perdue dans la forêt. Pendant qu'elle cherchait sa route, elle avait été prise par les douleurs de l'enfantement et a mis au monde un garçon dans les fougères qui lui servirent de berceau et de langes.
   Quand les gens l'ont retrouvé le lendemain et qu'ils ont vu l'enfant dans les fougères, tous ont crié : " Crân-Lôn ! Crân-Lôn ! ", " l'enfant de la fougère ".
   Crân-Lôn allait devenir Gradlon, " l'être de la fougère ". La fougère a été tellement fière d'avoir été la première à porter celui qui allait devenir le grand roi initial de Cornouaille et d'Armorique, qu'elle a inscrit en son coeur, pour que l'on n'oublie jamais cet événement et pour donner toute sa force à l'enfant, les deux lettres initiales du grand roi : C.-L., Crân-Lôn. Il suffit pour le vérifier de couper une racine noire de fougère par le travers et les deux lettres du grand roi apparaissent encore aujourd'hui.
   La force de Gradlon est ainsi devenue indéracinable, comme la fougère !
   Voici la raison de la troisième impossibilité à Dieu, en ce pays, énoncée par la triade :



" Aplanir Brasparts,
Oter les pierres de Berrien,
Arracher les fougères de Plouyé.
Il est impossible à Dieu d'arracher la force du roi Gradlon. "



Ker Is, la ville basse

   Fort de ses victoires, Gradlon avait peu à peu délaissé sa capitale de Vorganium-Carhaix, dans les terres, pour une grande ville portuaire d'une merveilleuse renomée.
   Cette ville était apparue comme un rêve au milieu des tumultes et des bouleversements de l'Histoire. Les hommes, en quête de liberté et de justice, prenaient tous les chemins de l'Armorique, pour tenter de gagner celle qu'on appelait la dernière ville libre de l'Europe, aux confins du monde habité, le dernier havre de paix de l'Occident du monde, la ville d'Is.

   La ville d'Is s'ouvrait tout au bout du monde, dans le prolongement de la pointe du Raz, comme suspendue hors du temps, entre le ciel et la terre, au milieu des eaux.



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pointe du Raz - phare de la vieille



   Ker Is, " la ville basse ", était construite en dessous du niveau de la mer. Elle était protégée des flots par une immense digue circulaire en pierres, percée par douze portes monumentales en bronze. Ces portes s'ouvraient et se fermaient toutes seules, selon le flux et le reflux. Elles s'ouvraient lorsque la mer descendait pour évacuer le trop-plein des cours d'eau alimentant la ville, pour laisser aller et venir les navires venant de tous les pays. La ville d'Is se trouvait au carrefour de la route maritime la plus fréquentée d'Europe. Des navires aux pavillons de toutes les couleurs s'y arrêtaient pour y faire commerce. Quand la mer remontait, les portes se refermaient afin d'éviter l'inondation du port et de la partie basse de la ville, là où se trouvaientt le port, les kilomètres de quais, les entrepôts, les bistrots, les auberges, les tavernes par milliers...
   Sur les belles places et les rues pavées s'étalaient les marchés de Ker Is, considérés comme les plus riches et les plus colorés de tout l'Occident. On jouait à se défier de ne pas trouver le mets le plus rare au monde, le tissu le plus chatoyant, l'épice la plus parfumée... La ville d'Is était un bouillon de vie qui ne cessait jamais de palpiter, à aucune heure du jour et de la nuit.
   Quand on remontait un peu plus haut dans la ville s'étendait le quartier des armateurs qui étaient venus, eux aussi, de tous pays. Ils s'étaient fait construire de superbes demeures aux architectures les plus exotiques.
   Derrière ces villas étaient des jardins en espalier, cerclés de balustrades sculptées et ciselées en argent massif. Il y poussait des plantes merveilleuses, offrandes des voyageurs aux suzerains de la ville. Ces jardins remontaient ainsi jusqu'au sommet de la ville, où un chêne millénaire puisait toute sa force dans la terre pour s'élever puissamment dans les airs. Ce chêne majestueux marqué l'entrée du palais royal. Ses plus hautes branches rivalisaient de hauteur avec les plus grandes tours du palais, aux toits recouverts d'or. Aux voyageurs qui venaient par la terre ou par la mer, la vue de la puissante ramure de l'arbre et des centaines de toits dorés leur annonçait les splendeurs de la ville d'Is.
   Au centre de ces tours, sous une immense coupole de pierre, siégeaient sur leur trône de bois, les deux souverains de la cité : le roi Gradlon le Grand, et sa fille, la belle Dahud. Brillant dans des vêtements de soie et de pourpre ornés de pierres précieuses, le front ceint de diadèmes d'une blancheur étincelante, Gradlon et Dahud tenaient audience, rendaient la justice.



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manuscrit du plan de Ker Is

   Le roi de Cornouaille n'était pas maître en ville d'Is. Ker Is appartenait à sa fille, la princesse Dahud. Il la lui avait donnée et elle y régnait en souveraine accomplie. Elle reconnaissait, bien sûr, l'autorité de son père et l'avait invité à vivre sous son toit.
   Dahud était adorée de son peuple et respectée de tous. Son immense beauté était connue dans les quatre coins du monde. Lorsqu'on entendait parler de la ville d'Is, on pensait aussitôt aux charmes de sa belle princesse, qui avaient ainsi contribué au rayonnement et à la popularité de la cité. Is atteignait une telle renommait que même Paris lui prendra son nom plus tard. Par-Is signifie bien " l'égale d'Is ".

   Ainsi Vorganium-Carhaix, la capitale de la Bretagne occidentale, a été un peu délaissée au profit de la grande cité portuaire. Entendez " Ker Ahès " dans Carhaix, la " ville d'Ahès " la géante, la femme de pierre, la déesse des Osismes - les anciens Armoricains - la déesse des chemins aussi. Elle passait pour avoir construit les chemins de ses mains.
   La grande voie pavée qui conduit à Is porte son nom. Hent-Ahès, le " chemin d'Ahès ", est réputé pour faire passer les portes. Prendre le chemin d'Ahès, c'est entrer dans la marche. Vous vous rappelez ? Marche aujourd'hui, marche demain, à force de marcher, on fait du chemin ! Hent-Ahès, qui relie la ville d'Is, de la pointe du Raz à Carhaix, s'appelle aussi hent-a-Is, le " chemin d'Is "; c'est le même.
   Le chemin d'Ahès conduit au monde de la pierre, à l'intérieur des terres au Huelgoat. Le temple de la déesse est un immense chaos granitique traversé par la rivière d'Argent, encaissé entre deux collines, les cuisses de la géante. Sur une des cuisses de la géante s'élève un château, Kastel-ar-Gibel, le " château de la Cuve ".
   C'est dans ce château, au dessus du gouffre, que Dahud a grandi. Elle avait été placée dans ce château et confiée par son père à des femmes qu'on appelait les prêtresses de l'Arée. Ces femmes se sont occupées de son enseignement et l'ont initiée aux mystères des pierres du domaine d'Ahès la géante. Ces femmes lui ont dit des choses que Dahud n'oubliera jamais. Elles lui ont fait voir tout ce qui sortait des mines, du ventre de la géante : les pierres précieuses, l'or, l'argent, le plomb et l'étain qui avaient fait la richesse de leurs ancêtres.
   Ces femmes lui ont dit que la mort était le milieu d'une longue vie, que les âmes étaient impérissables et que le monde l'était aussi, mais qu'un jour, pourtant, seuls régneront l'eau et le feu.
   Elles lui ont dit qu'Ahès la géante donnait vie à toute chose, que tout ce qui mourait devait retourner en son ventre pour naître à nouveau.
   Elles lui ont dit de regarder la pierre et le gouffre au pied du château.

" Au commencement de notre monde était le Chaos,
Et dans ce Chaos, le chemin de Pierre de la géante;
Le gouffre qui nous crache et qui nous reprend sans cesse.
Cela a été un temps, jusqu'au où la rivière est arrivée.
La rivière a déferlé dans le chaos de pierre,
Elle s'est engoufrée dans le chemin d'Ahès.
L'écume de l'eau a tourbilloné tant est si bien,
Que les portes de la pierre se sont ouvertes.
Cela a été la naissance de la forêt.
Cela a été la naissance des hommes, par la pierre et dans la pierre.
Au commencement était la pierre. "

   Dahud n'oubliera jamais ces paroles. Quand elle régnera à Is, elle reviendra souvent vers les femmes qui l'avaient initiée pour leur demander conseil.

   Ainsi en est-il de la deuxième impossibilité à Dieu dans la triade :
   " Oter les pierres de Berrien. "
   Berrien qui fait partie du temple de la pierre du Huelgoat.

   De la fenêtre de sa chambre, à Kastel-ar-Gibel, Dahud aimait écouter la chute de la rivière d'Argent dans le gouffre. Elle savait bien que la seule rivière d'Argent ne pouvait suffire à créer ce profond fracas. Elle savait qu'au fond, les eaux de la rivière se mêlaient à celles de la mer. Elle entendait la chanson des vagues de l'océan et c'est ce qu'elle aimait. L'océan, Dahud le connaissait bien. Elle y était née, au milieu d'une longue navigation. A ce moment-là, Is n'existait pas encore et Gradlon était tout jeune.

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L'expédition vers l'île Blanche

   La force de la fougère donnait des ailes au jeune roi Gradlon. Sans cesse, il rêvait de nouvelles conquêtes et de nouvelles richesses. Il avait entendu parler d'un pays mystérieux, tout au nord du monde. Ce pays avait pour nom " l'île Blanche ". On disait que dans ce pays les étoiles ne bougeaint jamais et qu'il contenait les plus grands trésors de l'humanité.
   Un jour, il est parti pour ce pays. Il a embarqué avec ses hommes sur plusieurs dizaines de navires. Ils ont mis cap au nord et, après un long voyage, ils ont pénétré dans épais rideau de brume toute blanche. La brume reflétait une lumière si forte qu'ils en avaient mal aux yeux. Ils ont avancé dans cette brume pendant trois jours. Leurs yeux ont commencé à s'habituer à la lumière.
   Ils ont aperçu alors l'île Blanche, qui rayonnait d'une lumière encore plus forte, et ils ont dû plisser les yeux à nouveau. Ils ont accosté à l'abri d'une large rivière qui coulait dans une grande vallée, où ils ont établi leur campement. Au-dessus, dans les montagnes, leur est apparue une forteresse d'or et d'argent, massive et carrée, perchée sur un piton rocheux.
   Gradlon et ses hommes se sont préparés à l'attaquer. Seulement la forteresse était bien gardée. Les premiers assauts ont été gentillement repoussés, mais comme Gradlon insistait, de terribles batailles ont suivi.
   Deux milles chevaliers gardaient la forteresse et combattaient sous les ordres d'un mystérieux chevalier. Noire était son armure, noir était son cheval puissant. Jamais il ne dévoilait son visage. Jamais son épée ne s'égarait ni ne tremblait.
   Après deux mois de combats sans merci, la forteresse restait inaccessible. Il commençait à neiger. Les vivres commençaient à manquer. Les hommes étaient épuisés.

   " La forteresse est imprenable. Rentrons chez nous, disaient-ils à Gradlon. Beaucoup de nos frères sont morts. L'hiver arrive. On va tous y passer !

- Rentrez seuls, moi je reste ! a répondu Gradlon.

- Mais c'est folie, que feras-tu seul contre cette armée ? Comment rentreras-tu ?

- Peu vous importe. Rentrez seuls, moi je reste et ne vous inquiétez pas pour moi ! "

   Personne n'arrivait à raisonner le roi.

   " Il faut le laisser ! Cette forteresse le hante. Il n'est plus le même !

- Que dirons-nous aux autres quand nous arriverons chez nous ? Que nous avons abandonné notre roi ?

- Nous dirons la vérité ! Si nous restons, nous mourrons tous ! "

   Ils ont mis les voiles sur la Cornouaille et Gradlon est resté seul sur l'île Blanche, hypnotisé par cette forteresse.


   Vers le soir, Gradlon s'en est approché discrétement. Il escaladait les rochers escarpés lorsqu'il a entendu le râle d'un cheval derrière lui. Le chevalier noir se trouvait là, seul lui aussi. Il a dégainé son épée et Gradlon en a fait de même. Ils se sont battus. Les coups d'épée étaient rudes, les deux combattants excellents, mais Gradlon a été désarmé le premier. Le chevalier noir a éclaté de rire.

   " Tu es seul à présent ! Tes hommes t'ont abandonné ? Tu ne vas quand même pas t'imaginer que tu allais prendre la forteresse tout seul ? Tu est promis à la mort. Je ne te comprends pas Qui es-tu ? Pourquoi es_tu resté ? "

   Gradlon, comme sorti soudanement de sa torpeur, a balbutié, encore égaré :

   " Je suis Gradlon, roi de Cornouaille ! Je ne sais pas pourquoi je suis resté. Depuis que je suis arrivé ici, une voix intérieure, dans mon coeur, me répète sans cesse que mille épées ne font pas un bras et que mille poltrons ne font pas un vaillant. "


   Le chevalier noir est resté silencieux un moment. Puis il a enlevé le casque qui lui cachait son visage. Une belle chevelure dorée s'est déployée dans le vent. Le chevalier noir était une femme superbe. Elle lui a relancé son épée et le combat a repris encore plus durement. Mais la belle était plus forte que Gradlon, elle l'a désarmé une seconde fois.

   " Tu me plais, lui dit la femme. Ta vaillance et ton courage me plaisent. La première fois que je t'ai vu, je suis devenue prisonnière d'amour de toi. Aimons-nous, si tu le veux bien.

- Je commence à comprendre à présent ce qui me retenait sur cette île, a dit Gradlon. Moi aussi, je suis devenu prisonnier d'amour pour toi. Qui es-tu ?

- Je suis Malgven, reine du nord, reine de l'île Blanche. "

   Elle s'est approchée de lui et l'a embrassé. Elle l'a enlacé et serré puissamment contre elle. Pour la première fois, Gradlon a tremblé jusqu'au plus profond de son être. Ils sont restés longtemps collés l'un à l'autre. Ils se sont etreints passionnément dans la neige, puis elle l'a repoussé.

   " Je suis reine en ce pays, mais je suis mariée à un viel époux odieux et vulgaire, qui n'aime que les plaisirs de la table et le lit des servantes. A son chevet dort un glaive inutile. Si tu veux que l'on s'aime, il te faut tuer mon vieil époux, prendre ses trésors et fuir. Nous irons vivre chez toi en Cornouille. "

   Elle s'est appuyée contre une roche de la falaise qui s'est enfoncée, laissant apparaître un souterrain. Elle s'y est engagée et Gradlon l'a suivie. Ils ont parcouru un long tunnel creusé dans la montagne, éclairé par des flambeaux. Ils ont remonté un escalier taillé dans le roc qui débouchait dans le coeur même de la forteresse. Elle a ouvert une porte. Ils sont entrés dans une chambre grande et sombre. Un feu mourant dans la cheminée faisait mollement danser les ombres du mobilier. Le vieux roi ronflait, étendu sur une couche. Malgven a pris son épée et l'a tendu à Gradlon.

   " Je te la donne, elle est à toi à présent ! "

   Gradlon a pris l'épée et d'un coup sec l'a enfoncé en plein coeur du vieux roi. Malgven a sorti de dessous le lit un coffret en bois d'ébène, serti d'or, d'argent et de pierreries. Elle l'a ouvert devant Gradlon. Il y avait dedans un cristal pur et transparent.

   " Partons maintenant ! "

- Comment faire ? a dit Gradlon. Mes navires sont loin...

 

- J'ai un navire vivant, un cheval enchanté, qui nous portera tous les deux sur les flots jusqu'à ton navire. Personne d'autre que moi ne l'a monté. Il a jeté bas tous les cavaliers qui ont voulu s'en saisir. Il n'a toujours obéi qu'à ma main et à son nom. "

 

   Ils sont ressortis de la forteresse par l'escalier dérobé. Dehors, la reine a crié : " Morvarc'h ! "

   Le grand cheval noir est arrivé aussitôt.

 

   " Morvarc'h, voici Gradlon, ton nouveau maître. Conduis-nous jusqu'aux navires qui sont partis, il y a trois jours. "

 

   L'impétueux coursier noir s'est laissé docilement monter par Gradlon, qui a pris la reine en croupe avec lui.

 

   " Morvarc'h, a dit Gradlon, que tes sabots frappent la mer comme de la terre ferme et que le vent emporte ta course ! "

 

   Le cheval a henni et s'est rué aussitôt sur la crête des vagues. Il filait si vite vers le large que les cavaliers semblaient voyager aussi librement que le vent qui souffle sur la mer. Quand le cheval a atteint le navire de Gradlon, un vent merveilleux s'est levé. Les voiles se sont gonflées et la flotte est partie toutes voiles dehors vers la Cournouaille.

   Gradlon et Malgven se sont retirés dans la cabine royale. Ils ont consumé, insouciants, le feu d'amour qui les unissait. Plus rien n'existait autour d'eux. Rien ne les a fait sortir de leur cabine. Même le déchaînement d'une terrible tempête, qui a dispersé tous les navires, ne les a pas effrayés.

   Toute la flotte a retrouvé le chemin de la Cornouaille, sauf celui de Gradlon et Malgven, qui a erré dans les brumes de l'océan pendant une année. Mais cela leur était égal, car au cours de cette errance, ils ont connu une joie plus forte que tout, fruit de leur amour : ils ont eu un enfant. Malgven a mis au monde une fille, qu'ils ont appelés Dahud, ce qui signifie la " bonne magie ", pour dire à quel point leur amour les transcendait au-delà de tout...

   Seulement la joie a été de courte durée car, quelques jours plus tard, la reine de l'île Blanche ets morte aux relevailles. Ses derniers mots ont été pour son amant.

 

   " Gradlon, je t'ai donné mon épée. Je t'ai donné mon cheval et je t'ai donné une fille; Prends-en soin. Moi, tu ne peux me garder. Rends-moi à la mer, avec le crystal de l'île Blanche. "

   Gradlon a ainsi donné le corps de son amante à la mer, comme elle l'avait désiré, revêtue de son armure de chevalier, tenant dans ses mains le cristal pur et transparent.
   Peu après, le vent s'est levé et a dissipé la brume. Trois jours plus tard, Gradlon mettait pied en son pays, monté sur le fier coursier noir, portant l'épée de Malgven à sa ceinture et sa fille dans les bras, Dahud, la bonne magie. Son peuple a eu du mal à le reconnaître, tant il avait changé et vieilli, mais il a fêté son retour et l'arrivée de Dahud, l'héritière du trône de Cornouaille.



La construction de la ville d’Is

   Gradlon a regagné sa capitale et a continué à régner. La force de la fougère ne l’avait pas quitté, seulement, les dangers menaçaient. L’empereur sollicitait de nouveaux impôts, de nouveaux barbares arrivaient, des émeutes éclataient. Il fallait retourner au combat pour assurer la paix en son royaume et s’affranchir de la tutelle romaine.

   C’est à ce moment-là que Gradlon a fait mettre sa fille en sûreté au Huelgoat, au Kastel-ar-Gibel. Bien gardée, elle a grandi dans les brumes de l’Arrée et la tradition des anciens Armoricains, sous la protection d’Ahès la géante, la femme de pierre.

   Du temple de pierre de la Géante est né, un jour, le rêve d’une ville nouvelle, d’une ville libre, d’une ville en équilibre entre la terre et le ciel. C’est naturellement la fille de la reine de l’île Blanche, Dahud, qui portera ce rêve, secondée par les femmes de l’Arrée.

   Un jour, elle est allée voir son père pour lui faire part de ce rêve. Gradlon est resté saisi quand il a vu sa fille. Il ne l’avait pas vue grandir. Ce n’était plus une enfant, mais une femme ressemblant tant à sa mère, Malgven, qu’il croyait la revoir devant lui.

   « Père, j’ai quelque chose à te demander.

- Ma fille, a dit Gradlon, tout ce que tu désires, je te le donnerai. Il n’y a rien que je puisse te refuser.

- Père, ce que je vais te demander est folie !

- Que veux-tu ?

- Une ville libre où la terre, la mer et le ciel se rejoignent.

- Que dis-tu ?

- Je veux une ville libre, bâtie au milieux des eaux, à la tête de ton royaume, tout au bout du grand chemin d’Ahès menant à la pointe du Raz, là où on voit le soleil se coucher dans la mer.

- Mais ma fille, ce n’est pas possible !

- Si c’est possible ! J’ai dessiné les plans. Je suis allée voir sur place avec les prêtresses de l’Arrée. Viens avec moi, je vais te montrer ! »

   Ils ont pris le grand chemin d’Ahès qui conduisait jusqu’à la mer.

   «  La où finit cette route commencera ma ville, dit Dahud. On y célébrera le culte d’Ahès et du soleil couchant. On y accueillera tous hommes qui veulent vivre librement, quels que soient leur pays et leurs dieux. Tous les navirent s’y arrêteront et échangeront leurs marchandises. On y fera commerce. On l’appellera « Ker Is », la ville sous la mer. »

   Dahud a emmené son père sur un grand rocher, qu’on appelle aujourd’hui « Gorle-Greiz », entre la pointe du Raz et le phare de la vieille. Le rocher dominait la mer. Il y poussait un grand chêne millénaire. Ils ont descendu les falaises et leurs chevaux se sont arrêtés au pied du chêne majestueux. Morvarc’h, le cheval de mer, a uriné. De son urine a jailli une source. Sur la source était une vanne de fer. Sur la vanne était une clef d’argent, liée à une chaîne d’or.

   « On appellera cette source le puits de la mer, a dit Dahud. Elle sera la douzième écluse de la ville et la protégera à jamais des flots de l’océan. Cette clef d’argent, liée à sa chaîne d’or, je te la donne. Garde-la précieusement, elle sera ma reconnaissance de ton autorité dans ma ville. »

   Gradlon a pris la clef. Il a passé la chaîne d’or autour de son cou et a serré sa fille fort contre lui.

   « Je garderai cette clef sur moi, la nuit et le jour. Je ne m’en séparerai jamais. »

   Et les travaux ont commencé.

   Gradlon a fait venir les architectes les plus prestigieux d’Occident et d’Orient, des maçons, des ouvriers, des bâtisseurs et des sculpteurs du monde entier, car sa fille voulait que la ville d’Is réunisse les savoirs et les cultures de tous les peuples de la terre. Ils sont venus de partout, du Nord et du Sud, de l’Est et de l’Ouest. Ils sont venus d’en haut et d’en bas aussi.

   Les matériaux étaient sur place. Ahès, la géante, y pourvoyait. De son ventre sont sorties quantités de pierres, et la digue s’est hissée comme un défi lancé à l’univers. De son ventre sont sortis les arbres. Les entrepôts, les maisons et les auberges ont fleuri sur les vingt-quatre kilomètres de quais. De son ventre sont sortis la terre et les jardins. De son ventre sont sortis les métaux les plus nobles, et le palais royal s’est dressé, tel un joyau de lumière.

   En quelques mois, la cité s’est élevée, puissante, radieuse et digne. Les armateurs, les commerçants accouraient du monde entier. Ils se faisaient construire de spendides demeures, couvraient Dahud et Gradlon de richesses et d’honneurs. Les bateaux affluaient, les hommes aussi. La ville d’Is était devenue le refuge des hommes libres et un havre de paix. En quelques années, la nouvelle s’était répandue de par le monde.

   Il arrivait chaque jour des hommes de toutes sortes : des esclaves insurgés, des paysans, des pêcheurs, des brigands, des voleurs, des marchands, des seigneurs, des mendiants, des voyageurs, des honnêtes gens, des chanteurs, des croyants et des non-croyants, des danseurs, des écrivains, des conteurs, des musiciens, des curieux, des libertins, des fakirs et des charmeurs de serpent, des artistes et des jongleurs. Il en arrivait chaque jour de toutes les couleurs. Romains, Grecs, Germains, Pictes, Indiens, Bretons, Egyptiens, Saxons, Africains, Burgondes, Libyens, Vandales, Alains, Arabes, Gaëls, Goths et Chinois, se croisaient à Is, buvaient à la même table, échangeaient des idées et des marchandises, vivaient ensemble en toute simplicité.  On ne pouvait pas traverser une rue sans entendre parler dix-huit langues différentes. Tous les peuples, tous les genres se respectaient, quels que soient leurs dieux, leurs rois, leurs passés. Evidemment, cela n’écartait pas de petits règlements de comptes internes, mais c’était de bonne guerre. Cela était bien loin d’entacher l’harmonie qui régnait à Is.

   La cité d’Is était si vaste qu’elle aurait pu accueillir le monde entier.


Dahud, la bonne magie

   Chaque jour, sous l'immense coupole de pierre du palais royal, Dahud et Gradlon recevaient les nouveaux visiteurs attirés par la splendeur de la ville. Après les formalités, on passait à table, qui jouissait, elle aussi, d'une grande renommée. Chaque repas voyait défiler les mets les plus précieux et les plus délicats, dans une abondance hors de toute mesure.
   Pour vous donner un petit aperçu, je peux simplement vous dire que cette table était, à toute heure du jour et de la nuit, recouverte de centaines de petits marcassins en croûte, en guise de mise en bouche. Toutes les heures arrivait une procession de sangliers rôtis, farcis au figues d'Afrique, suivie de dizaines de cochonnets farcis aux grives et aux merles, puis de veaux bouillis, parfumés de truffes et de cèpes. Le défilé de langoustes et de homards grillés au basilic ne manquait jamais de déclencher des tonnerres d'applaudissements. Les milliers de poissons en gelée laissaient la place à la marche des milliers de canards, de poulardes, de chapons, de faisans, de poulets et de coquelets. Chaque jour, des quintaux de rognons à la sauce piquante étaient déversés sur la table, sans compter les flots de saucisses et les flots de boudins, et sans oublier, évidemment, les innombrables pâtisseries fondantes et craquantes, les pièces montées à perte de vue...
   Le tout était bercé par des hamacs de fruits exotiques, qui se balançaient nonchalamment autour de la table et qui accompagnaient, dans leurs mouvements, le ballet grisant des amphores pleines de vins fins, de vins miellés de Corinthe, de Malte et d'ailleurs...
   Et de la musique que Gradlon aimait tant. Gradlon ne pouvait pas vivre sans musique !
   Et de la danse, toutes les nuits, conduite par la belle Dahud, qui éclatait de joie.
   Les invités défilaient; les caisses du royaume se vidaient, mais cela importait peu. La ville d'Is et sa princesse rayonnaient, et Gradlon en était heureux. Cela a duré des années...

   Chaque jours, sous l'immense coupole de pierre du palais royal, Dahud et Gradlon recevaient aussi les plaintes et les doléances de leur peuple.
   Un jour, ils ont reçu un groupe d'habitants de la partie basse de la ville, qui venaient réclamer la réparation de la digue.
   " Princesse Dahud, roi Gradlon, çà ne peut plus continuer comme çà ! La digue de pierres qui protège la ville a des infiltrations. Les portent ne se ferment plus complètement. Avec le vent et le sel, les mécanismes de fermeture sont rouillés. Résultat, la mer s'infiltre à marée haute et sur le port, nous sommes tous inondés. Il faut absolument tout réparer avant la prochaine grande marée ! "
   Dahud a regardé son père pour solliciter son avis. Gradlon a répondu qu'effectivement il fallait que la digue et les portes soient réparées dans les plus brefs délais et se rappelant, pour une fois, mais cela a été sans doute la seule, que les caisses du royaume étaient vides, il a ajouté que cela ne serait peut-être pas fait avnt la prochaine grande marée.
   " Comment ? a répondu Dahud. Mais on ne peut pas laisser ces pauvres gens comme cela ! Ils vont tout perdre ! Dans ce cas, je m'occuperai des réparations moi-même. Tout sera prêt dès demain ! "

   Dahud est retournée au Huelgoat demander l’aide des femmes de l’Arrée. Le soir, elles sont allées à la caverne de pierres, Ti ar Boudiguet, la « maison des nains ». Elles ont déposé des offrandes de fleurs et de fruit devant les pierres. Elles ont chanté jusqu’à ce que la nuit tombe, puis elles ont dansé, tout en chantant, pour appeler les nains.

   A minuit, les pierres ont tremblé et ont basculé, laissant voir l’entrée d’un souterrain, d’où sont sortis les nains.

   « Vous nous avez appelés, alors nous sortons du ventre de notre mère. Dites-nous ce que vous voulez, nous le ferons par le pouvoir de la terre.

- Dahud, notre princesse, est avec nous cette nuit. Vous la connaissez, elle a grandi chez nous au Kastel-ar-Gibel. Elle a besoin de vous pour réparer la digue et les écluses de la ville d’Is ! »

   Quand les nains ont vu Dahud, ils sont devenus fous de joie. Ils lui ont sauté au cou et l’ont entraînée avec les femmes de l’Arrée dans un mouvement de danse, qui a duré toute la nuit. Ils ont frappé la terre avec leurs pieds et, d’un coup, la chaleur est montée. Des nuages se sont formés au-dessus d’eux. Le vent s’est levé. Un orage a éclaté. Pendant toute la nuit, il est tombé une pluie d’éclairs, sans discontinuer. La foudre a déchiré le ciel, le tonnerre a grondé.

   Au matin, les nains ont dit que le travail était fini, et ils sont rentrés dans leur demeure de pierre.

   A son retour à Is, Dahud a été accueillie par des cris de joie. Au port, on fêtait déjà le travail des nains. La digue avait doublé de taille, en épaisseur et en hauteur. Les mécanismes rouillés avaient disparu. Des portes neuves, sculptées, toute en bronze, s’ouvraient et se fermaient toutes seules, suivant la marée, tout cela grâce à la bonne magie de Dahud, leur princesse.

   Pourtant, celui qui avait l’œil avisé voyait bien que les portes ne bougeaient pas toutes seules. Les nains avaient élu domicile dans la digue de pierres et s’occupaient d’actionner les portes et de surveiller la marée.

   Une autre fois, les marins de Ker Is sont venus trouver Dahud et Gradlon pour se plaindre de leur sort.

   « Princesse Dahud, roi Gradlon, vous comprenez, la situation est difficile. Tous les navires étrangers qui viennent ici en profitent pour pêcher. Résultat, il n’y a plus autant de poissons qu’avant et, avec cette concurrence déloyale, les cours sont au plus bas. On n’arrive plus à joindre les deux bouts. Faites quelque chose pour nous ! »

   Alors dans la nuit, Dahud a gagné la digue de pierres et elle a plongé dans la vague. Elle est descendue dans les profondeurs obscures de l’océan, là où la lumière et l’homme ne pénètrent jamais. Elle s’est aventurée dans les grottes sous-marines où vivent les monstres marins, les poulpes géants, les baleines mystérieuses, les homards et les crevettes de quinze mètres. Elle les a domptés à sa volonté. Elle les a remontés à la surface et les a attachés aux navires des pêcheurs.

   Le lendemain matin, les pêcheurs sont restés perplexes à la vue des monstres de la mer attachés à leur bateau. Dahud leur a dit qu’ils n’avaient rien à craindre de ces animaux fabuleux, qu’ils étaient à leur service à présent. Les pêcheurs avaient confiance en leur princesse.

   Ils ont largué les amarres et sont partis à la pêche, presque comme avant. Presque, car les monstres filaient comme des flèches, plus rapides que l’éclair. Les pêcheurs, terrorisés dans un premier temps, se cramponnaient désespérément à leurs mâts. Leurs barques, tels des skis nautiques, surfaient sur la crête des vagues. Plus rapides que des moteurs hors-bord de six cents chevaux aujourd’hui, les monstres étaient également dotés d’un odorat indéfectible. Plus puissants qu’un radar contemporain ultraperfectionné, les naseaux de ces fabuleuses créatures destinaient à une issue fatale les bancs de poissons à des kilomètres à la ronde.

   Les pêcheurs ont fait des pêches miraculeuses. Ils sont revenus au port sous des tonnerres d’applaudissements, et leurs affaires ont repris de plus belle.

   Quelques jours plus tard, ils sont pourtant revenus trouver Dahud au palais.

   « Il y a un problème avec les monstres. Ils sont tellement puissants et sentent le poisson de tellement loin qu’ils nous emmènent en haute mer et nos bateaux ne sont pas faits pour cela. Ils ont été emportés par les vagues. On a été obligés de revenir au port sur le dos des monstres, c’est pas sérieux ! L’aventure était mémorable. Jamais nous n’avions pensé, un jour, chevaucher des poulpes géants et des homards de quinze mètres. Mais quand on est rentrés au port, tout le monde s’est moqué de nous. Les quais étaient remplis d’une foule hilare et maintenant, on ne parle plus que de ça ! Le pire, c’est qu’on n’a plus de bateaux. Alors nos femmes rouspètent, on va au bistrot et rien ne s’arrange. Princesse Dahud, faites quelque chose pour nous ! »

   Dahud, la bonne magie, leur a promis de les aider, encore une fois. Le soir, elle est allée invoquer les esprits de la forêt sacrée du Névet. Aussitôt après, on a entendu un vacarme épouvantable, des coups de hache, des bruits de scie, des coups de marteau. La forêt sacrée était devenue un véritable chantier naval. Dans la forêt, personne n’a pu fermer l’œil de la nuit.

   Le lendemain matin , une flottille de trois cents navires de haut-bord, entièrement en bois de chêne, pontés et mâtés, étaient à quai. Les pêcheurs ont arrimé leurs monstres et sont partis affronter la haute mer.

   Les monstres étaient heureux. Ils ont pu, enfin, laisser libre cours à toute leur puissance. En quelques jours, ils faisaient le tour du monde. Les pêcheurs sont devenus de vrais marins. Ils ont parcouru toutes les mers et tous les océans. Ils ramenaient à Is des poissons aux têtes étranges et aux couleurs chatoyantes qu’on n’avait jamais vues, tout cela grâce à la bonne magie de Dahud. Jamais, depuis la disparition de la ville d’Is, on n’a revu une criée comme celle-ci. Et c’est à cette époque-là aussi qu’a commencé le goût du voyage pour les marins bretons, que l’on retrouve depuis sur tous les continents et sur toutes les îles des océans. Tout cela encore, grâce à la bonne magie de Dahud.

   Il n’y avait pas que les habitants de la ville d’Is qui profitaient de la bonne magie de Dahud. Des seigneurs, des princes, des guerriers, attirés par la spendeur de la ville d’Is, venaient aussi dans l’espoir de gagner les faveurs de la princesse. Dahud n’en repoussait aucun. Elle les acceuillait tous à sa table, les faisait danser au rythme de la musique pour les échauffer, et si cela lui plaisait, elle glissait dans les vêtements de son prétendant un mot, lui donnant rendez-vous dans ses appartements, dans la plus haute tour du palais.

   Un homme vêtu de noir, le visage caché sous une grande capeline noire, était chargé de les conduire. Il remettait au prétendant un masque de soie qu’il devait enfiler sur son visage, car il ne devait pas voir le chemin qu’ils allaient emprunter. Seulement guidé par l’homme en noir dont la main était froide comme la mort, le prétendant était baladé dans un parcours interminable, à travers les dédales, les escaliers et les couloirs du palais, pour être introduit dans la chambre de la princesse.

   Dahud l’attendait, avec une coupe de vin herbé de sa fabrication. Quand le prétendant y avait trempé les lèvres, il devenait possédé du désir incontrôlé de s’unir à elle. Dahud dansait et chantait tout en se déshabillant. Lui, en transe, psalmodiait son amour à haute voix.

   Au-dehors, les vagues s’élevaient, se mêlant à leurs chants, à leurs cris, à leurs mouvements et venaient langoureusement la puissante digue de pierres de la ville.

   L’homme essayait de la saisir, mais Dahud restait insaisissable. Il cherchait l’étreinte, et Dahud se dérobait dans ses bras. Il demandait un baiser, elle lui glissait entre les doigts. Quand la transe arrivait à son apogée, Dahud allongée l’homme sur un canapé couleur de feu, qui attisait les désirs et les passions . L’étreinte commençait alors. L’homme hurlait du profond de ses entrailles et Dahud chantait.

   Dehors, la mer se soulevait en vagues puissantes. En venant claquer violemment contre la digue de pierres, elles étaient repoussées vers le large. En un court moment de répit, elles s’unissaient aux vagues contraires et reprenaient, de plus belle, leur chevauchée vers le large. Et le vent faisait s’envoler doucement leur écume en un friselis de dentelles. Toute la nuit, sans discontinuer, les vagues cognaient contre la digue et filaient vers le large, leur écume s’envolant doucement dans le vent.

   Un peu avant le lever du jour, les amants devaient se séparer.

   « Quand me donneras-tu ta réponse ? demandait le prétendant dans un dernier baiser.

- Quand tu auras enfilé le masque de soie », répondait la princesse.

   L’homme s’empressait d’enfiler le masque de soie sur son visage, mais celui-ci se rétrécissait alors sur lui, sans qu’il puisse l’enlever. Il lui collait à la peau et cela, jusqu’à l’étouffer. Il tombait mort inanimé et l’homme en noir entrait dans la chambre pour charger le corps du prétendant sur son cheval. Il sortait de la ville d’Is lorsque le jour se levait. Au galop, il s’engouffrait sur le grand chemin d’Ahès jusqu’au Huelgoat. Il terminait sa chevauchée au pied du Kastel-ar-Gibel, le château de la Cuve où Dahud avait grandi.

   Il faisait glisser le corps du prétendant sur la rampe, la pente à pic conduisant tout droit dans le gouffre. L’amant de Dahud disparaissait dans le gouffre, avec la rivière d’Argent.

   Tout ce qui meurt doit retourner dans le ventre de la déesse, pour naître à nouveau.

   Le sort que Dahud réservait à ses amants n’était pas un secret, tout le monde le savait, mais vous savez comment sont les hommes. Les prétendants ne manquaient pas d’affluer pour tenter leur chance, toujours aussi nombreux.

   La triade des trois impossibilités à Dieu comporte, comme toutes les triades, un quatrième volet que le conteur ajoute, ou pas, selon les circonstances. Celui-ci dit qu’il est aussi impossible à Dieu de faire que les filles de Poullaouën ne soient plus dévergondées. Le voisinage de Poullaouën avec Huelgoat et Dahud doit encore inspirer ces jeunes filles.

 

Corentin, l’ermite de la forêt sacrée

   Les occupations de Gradlon étaient un peu différentes. Il partageait avec sa fille les audiences, les tenues de justice, les banquets, les fêtes et les danses , mais Gradlon aimait se consacrer seul, de temps en temps, à la chasse. Evidemment, « seul » pour un roi est toujours très relatif. Cela veut dire qu’il ne partait qu’avec trois ou quatre meutes de chiens et une petite centaine de chasseurs, de veneurs et de rabatteurs.

   Un matin, Gradlon était parti à la chasse, donc « seul », ou presque. Il aimait chasser dans la forêt du Neved, la forêt sacrée qui s’étendait, à cette époque, sur tout le sud-ouest de l’Armorique, jusqu’au Menez Hom et la pointe du Raz. Peu peuplée, on y rencontrait néanmoins des hommes étranges, parfois, retirés depuis si longtemps de la civilisation qu’ils étaient effrayants comme des bêtes sauvages. On les appelait les ermites.

   Gradlon avait chassé toute la journée et s’était enfoncé si profondément dans la forêt, qu’il ne retrouvait plus le grand chemin d’Ahès qui l’aurait ramené à Is. Il était bel et bien égaré. Il allait se résoudre à passer la nuit dans la forêt avec les trois cents hommes l’accompagnant, quand il est tombé sur la cabane d’un vieil ermite du nom de Crentin.

   L’ermite, acceuillant, a offert l’hospitalité au roi dans sa modeste cabane, qui exhalait des odeurs fétides, et lui a donné son lit à même la terre, avec une pierre comme oreiller. Gradlon était comblé.

   Corentin, méditatif, discutait avec Gradlon, sans voir que celui-ci et toute sa troupe se tordaient le ventre tant ils avaient faim. Régulièrement interrompu par les gargouillements de l’estomac royal, Corentin a fini par se rendre compte que Gradlon avait faim.

   Corentin a demandé à des gardes du roi de venir l’aider à préparer le repas. Ils l’ont suivi jusqu’à une fontaine, située dans une clairière, derrière la cabane. La fontaine était pleine de grosses et de belles anguilles. Plus Corentin en prenait, plus la fontaine se remplissait.

   Il a allumé un grand brasier et les a fait griller. Il y en avait tant que les meutes de chiens et les trois cents chasseurs furent rassasiés, ainsi que le roi lui-même, ce qui n’est pas peu dire !

   Une fois le ventre plein, Gradlon a retrouvé ses esprits et a demandé à Corentin où il avait pu prendre autant d’anguilles.

   « Dans ma fontaine, a répondu Corentin.

- Mais une fontaine ne peut pas contenir autant d’anguilles en même temps, à moins d’être grande comme un océan !

- Viens voir ! » a dit Corentin au roi.

   Corentin a conduit le roi dans la clairière. Le roi a vu, de ses propres yeux, que la fontaine était encore pleine d’anguilles. Devant lui, Crentin a retiré un poisson du bassin, et aussitôt un autre est apparu au même endroit.

   « Mais comment peux-tu faire cela ? Tu es magicien ?

- Pas du tout, c’est très simple. Tout le monde peut le faire. Il suffit de regarder la fontaine, c’est tout . »

   Gradlon a essayé, mais avec lui, cela ne marchait pas. Avant qu’il n’y ait plus d’anguilles dans la fontaine, Corentin en a pris une et aussitôt le bassin s’est trouvé gonflé de poissons comme auparavant. Gradlon a voulu apprendre.

   « D’où vient cette eau ? lui a demandé Corentin. Elle sort de la terre. Où va-t-elle ensuite ? Dans le ruisseau. Tu connais le proverbe qui dit que les petits ruisseaux font les grandes rivières ? Les rivières vont toujours vers la mer. Mais l’eau ne s’arrête pas là ! Avec l’aide du soleil, l’eau se détache du sel et s’envole dans le ciel. Elle va plus ou moins haut. Elle devient vapeur, brouillard, rosée ou encore nuage. Avec l’aide du vent, elle voyage d’océan en continent. Puis elle retourne en pluie dans le ventre de la terre. Elle rejaillit alors, pure et limpide, dans une source et reprend le même chemin, éternellement. Tu comprends ? »

   Gradlon ne comprenait pas. Il ne voyait pas le lien entre le chemin de l’eau et le fait qu’il y ait toujours autant d’anguilles dans la fontaine.

   « Regarde l’anguille, a dit Corentin. Regarde sa forme, regarde-la nager. L’anguille est la mère des fontaines. Elle est l’âme de l’eau. Quand tu saisis le lien entre l’eau et son âme, tu entres, toi aussi, dans le chemin de l’eau. Ce chemin, c’est la vie. La vie qui ne cesse jamais. La vie qui est abondante et généreuse. Le chemin de la vie est inépuisable. Il peut se multiplier à l’infini, comme les anguilles dans ma fontaine… »

   Gradlon venait de recevoir l’enseignement de l’eau en plein cœur et en était profondément impressionné. Ce jour-là, Corentin, l’ermite du Menez Hom, est devenu un maître, un sage et un conseiller pour le roi. Corentin est ainsi rentré, malgré lui, tout en s’accrochant à son ermitage de la forêt, dans les grandes affaires du royaume de Cornouaille. Il ne se doutait pas que, quelques années plus tard, l’arrivée d’un autre homme allait faire basculer sa paisible vie d’ermite dans la grande Histoire.
   
 ( A suivre ...)



Cet article est extrait du livre Contes et légende du finistère de Loïg Pujol

Publié dans trankilik

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jean l'escargot 24/01/2009 14:57

Merci Yann, non je ne connais pas la BD mais çà m'intéresse. J'vais essayer de trouver un descriptif de la bd sur internet.Kenavo.ps : la classe mam : les commentaires n'ont plus aucun secret pour toi !

SY@nn 24/01/2009 00:38

T'as beau ne plus répondre à aucun de mes messages, je continue à t'en envoyer ; as-tu déjà lu la BD "Branruz" sur la légende de la ville d'YS (et son origine pré-chrétienne-celtique) ? Pour re-repondir sur ton dernier message, je souhaite que ton année soit la meilleure et la plus heureuse possible.

jo 23/01/2009 20:03

une petite variante avec les légendes et l'histoire ! Bien ! En plus on a le droit à un peu de musique ! Pas mal !bisousMam