Commana (2ème partie)

Publié le par Jean l'escargot

 

L'enclos paroissial

   Empreinte d'austérité, surmontée de deux lanternons, une porte monumentale reposant sur un seul arc sert d'accès à l'ensemble paroissial. Sévère également, l'ossuaire date de 1686-1687. Dans le cimetière, sont érigées deux croix dont l'une sculptée en 1624 est l'oeuvre de Roland Doré.
   L'église Saint-Derrien a été construite à partir de la fin du XVIe siècle et les travaux se sont poursuivis au cours du XVIIe siècle. Datant de 1645-1655, le porche ressemble à celui de Bodilis : son arcade est ornée d'une grande feuille d'acanthe avec, au dessus de la corniche, un second niveau, où sont sculptés sainte Véronique présentant le voile de la passion et, au dessus, saint Derrien, dans sa niche à colonnes, flanqué de deux têtes d'ange.





























   L'intérieur de l'église dément totalement cette impression de sobriété générale par son mobilier d'une grande exubérance baroque, dont les trois retables et le baptistère constituent les pièces maîtresses.

La retable de sainte Anne : pour expliquer la présence dans cette église de ce superbe ensemble sculpté, on raconte que le recteur fut accusé, en 1675, au cours de la révolte du papier timbré, d'héberger gabelle, chose formellement interdite par le Code paysan qui venait d'être institué : " Il est défendu, à peine d'être passé par la fourche, de donner refuge à la gabelle et à ses enfants, et de fournir ni à manger ni aucune commodité, mais au contraire il est enjoint de tirer sur elle comme un chien enragé. " Le recteur fut lynché et laissé pour mort. Il en réchappa toutefois et refusa de porter plainte. Convaincus, par la suite, de leur méprise, les paroissiens lui offrirent à titre de réparation le retable de sainte Anne qui fut mis en place en 1682. On attribue, grâce à deux inscriptions, cette oeuvre à Yves Messager et à Louis Paugam. Tout en haut, le Père éternel, barbu, coiffé d'une tiare, soutient le Christ mort. De part et d'autre, deux oiseaux, toutes ailes déployées, surmontent les niches où l'ange Gabriel ( à droite ) annonce à Marie ( à gauche ) sa future maternité, avec comme lien entre les deux personnages l'ange qui se trouve à leurs pieds et qui passe de l'un à l'autre. Au centre du retable, le fils tient le globe terrestre que lui a transmis son Père, au-dessus, dans l'emplacement du vitrail. Soutenu par quatre vertus, le Christ est entouré de deux femmes, qui se font face : Marie, en manteau bleu, et sainte Anne, plus âgée, en manteau rouge. De chaque côté, se tient un homme : à gauche, portant une grande barbe blanche, révélatrice de son âge avancé, Joachim, époux de saint Anne, tient un long outil et, à droite, Joseph, mari de la Vierge, porte la main à sa poitrine. Son autre main tenait autrefois un lis. En bas du retable, de nombreux médaillons contiennent les figures de différents personnages soit blibliques, soit simplement représentatifs de scènes de la vie quotidienne. On peut ainsi voir un soldat à une extrémité du retable et, à l'autre bout, un moine, avec à ses côtés un juriste. On retrouve aussi Marie, avec son Fils dans les bras. Enfin, tout en bas, un médaillon plus important montre Marie donnant à lire le Livre à Jésus. Ce retable, dans son ensemble, allie merveilleusement les couleurs et s'articule autour des colonnes torsadées finement sculptées et peintes. Il représente un oeuvre d'une grande symétrie où la logique de la construction ne laisse rien au hasard. On reste admiratif de l'effort des paroissiens pour doté leur église de si beaux ouvrages, ainsi que le rappelle François Menez dans Pomenades en léon : " Et l'intérieur de l'église, grâce aux libéralités des corps de paroisses, s'embellit lui même de [...] retables de bois sculptés et dorés surchargés, même dans les paroisses pauvres comme Commana, de dais, de consoles, de colonnes torses éperdument ouvragés, de pampres, de banderoles, de Saints-Sacrements en relief, aux rayons acérés comme des glaives, de guirlandes de roses ou d'angelots potelés, soufflant à pleines joues dans les buccins du Jugement. "  ( A suivre...)

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