Abbaye du Relec
Au VIe siècle, le territoire de Plounéour-Menez aurait servi de théâtre à l'affrontement de deux chefs bretons, Judual et Conomor. Quelques années plus tard, selon la légende, saint Tanguy, moine venu d'Ouessant, fonda un monastère sur le lieu du combat. Ce premier monastère ne survécut pas à l'invasion des Normands au Xe siècle. En 1132, des
moines venus de l'abbaye de Bégard, fondée deux ans plus tôt, récupérèrent les lieux, sans doute abandonnés par les précédents occupants; c'est l'origine de l'abbaye du Relec, qui vivra jusqu'à
la révolution et dont l'église paroissiale règne sur un paysage d'étang, de jardins clos de douves.
Abbaye cistercienne. Il ne reste des bâtiments abbatiaux que l'église, la sacristie et les ruines de l'aile orientale. L'église abbatiale est précédée d'une fontaine monumentale, avec vasque, et d'un obelisque. Les moines entreprirent la construction de l'église abbatiale à la fin du XIIè siècle. L'édifice de style roman, fut plusieurs fois remanié entre les XIIIe et XVIe siècles, avec notamment la reconstruction du mur sud du transept, du mur du chevet, et la modification du toit.
La façade, endommagée par un cyclone, fut refaite en 1785. Elle comporte un lourd portail, avec un oeil-de-boeuf ovale sumonté d'un fronton
triangulaire, qui acheva de modifier l'aspect primitif de l'édifice. Le plan de l'église se conforme aux caractéristiques des abbayes cisterciennes classiques : simplicité des formes, modestie
des volumes, absence de décor figuré; une nef avec deux bas-côtés, un vaste transept à forte saillie; le choeur, rectangulaire, à chevet plat, ferme l'abside. Sur chaque croisillon du transept
s'ouvraient deux chapelles terminées par un chevet plat. La chapelle la plus septentrionale n'existe plus : une sacristie l'a remplacée.
Dans le transept nord, un escalier monumentale à balustres de granite fut construit en 1691; il permettait aux moines d'accéder directement du
dortoir à l'église pour l'office de nuit. Au-dessus, une tribune de bois est ornée d'un cadran d'horloge polychrome qui porte l'inscription : " Ex momento pendet aeternitas " (D'un seul instant
dépend l'éternité).
Dans une chapelle latérale du transept sud, un autel baroque est orné d'une statue de pierre polychrome de Notre-Dame-Du-Relec, datée du XIVe siècle.
Près du maître-autel, les statue de saint Bernard et de saint Benoît prennent place de chaque côté du choeur. Toutefois quelques disposition architecturales originales permettent à
Notre-Dame-Du-Relec d'affirmer sa singularité par rapport à l'ensemble des abbayes cisterciennes : des murs pleins séparent la nef des bas-côtés; les piles du transept sont flanquées
longitudinalement de colonnettes adossées; quelques chapiteaux sculptés perpétuent la tradition romane telle quelle fut pratiqué en Bretagne.
Des défricheurs. A l'extérieur, le site, classé monument historique, constitue un précieux témoignage de l'aménagement d'un monastère
cistercien dont l'économie était fondé sur la mise en valeur des ressources du site. Etang, moulin, douves poissonneuses et jardins constituent autant d'éléments dont la restauration et la mise
en valeur témoignèrent des qualités d'aménageurs et d'agronomes des moines cisterciens. Les moines, installés dans un lieu inculte, instituèrent sur leur domaine un régime de tenue des
terres de montagne propre à en favoriser le défrichement : la quevaise. Le défricheur, appelé quevasier, recevait de l'abbé une masière, un courtil et une superficie de 0,5 ha de terre fertile.
En échange, il cultivait les terres de l'abbaye et étaient soumis au paiement du champart à la septième gerbe. Ces biens étaient transmissibles au plus jeune de ses enfants selon le droit de
juveignerie. Plus de quatre cents quevaises ont ainsi étaient établies dans les monts d'Arrée, provoquant la mise en culture de terres nouvelles. Tombé en désuétude dès le XVIIe siècle, le régime
de quevaise a été supprimé par la Révolution. Il a fortement contribué à modeler les structures des exploitations, les mentalités et le paysage des monts d'Arrée.
Et maintenant, une petite promenade autour de l'abbaye...
" Bernardus valles amabat "
C'est par le choix du site que commence la fondation d'une abbaye.
Les fondateurs cherchent, en ce lieu "d'horreur et de vaste solitude",
l'équivalent du désert des moines d'Orient.
Symbole de l'humilité, le fond de vallée est préféré.
L'essentiel est la présence de
L'eau La
terre La pierre
La vallée du Relec, aux sources du Queffleuth, correspond bien à cette
quête d'espaces propres à un strict retour à la règle de Saint Benoît :
un lieu isolé mais accessible,
où la maîtrise de l'énergie hydraulique, l'utilisation des matériaux,
la constitution de domaines agricoles importants ont modelé les lieux.
Nous leur devons les paysages qui s'offrent aujourd'hui à nos yeux.
Eau
" Les frères de l'eau "
De par l'implantation de leurs abbayes
les cisterciens ont développé
les techniques liées
à l'utilisation de l'eau,
atteignant une maîtrise inégalée
de l'hydraulique
Infatigables constructeurs
de canaux, digues et retenues,
les moines blancs utilisent l'eau
pour approvisionner les monastères,
pratiquer la pisciculture,
irriguer les terres
La force de l'eau est utilisée
pour entraîner les roues des moulins,
faire fonctionner pressoirs et forges
Les moines du Relec ont assaini la vallée marécageuse,
capté la rivière pour mettre en eau étangs et douves,
utilisé la force de l'eau pour le fonctionnement des moulins
et alimenter canalisations domestiques et fontaines
Terre
" Cruce et aratro "
Les moines cisterciens effectuent
un formidable travail de défrichement
avant d'entreprendre les premiers labours
Le jardin
potager, verger, de simples, de fleurs
est cultivé avec le plus grand soin
à l'intérieur de la clôture monastique
Chaque monastère, grâce aux donations,
se constitue un domaine agricole
et forestier, organisé en " granges "
dont les frères convers
assurent l'exploitation
L'usement de " Quévaise " est propre aux monastères du Relec
et de Bégard, ainsi qu'aux Hospitalliers de la Feuillée.
Cette forme de co-propriété établie entre l'abbaye
et les quévaisiers, regroupés autour des granges,
permet l'exploitation de terres restées en friche et évite l'exode rural
Pierre
" Pureté et clarté "
L'architecture cistercienne
est une réaction à l'art du temps,
chargée d'un sens spirituel
et dépouillée de tout superflu.
Ce retour aux sources du monachisme
leur font laisser place à la pierre lisse,
nue, de la couleur du désert
De la pureté des lignes jaillit la clarté
qui fait de l'église abbatiale
le lieu du plus haut recueillement
Aux constructions en bois des débuts
succèdent des vaisseaux de pierre
érigés avec les matériaux du pays
L'église abbatiale du Relec est construite avec
les granits de Plouneour Menez, d'Huelgoat, de Brennilis,
les schistes et les quartzites des crêtes des Monts d'Arrée,
les calcaires de Locquirec
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